PFAS : Des maraîchers d'Haraucourt, contraints de fermer leur exploitation, réclament une reconnaissance officielle
Anne et Sébastien Abraham se sont installés à Haraucourt en 2022 pour créer une exploitation maraîchère en vente directe. Trois ans plus tard, leurs terres sont contaminées aux PFAS, leurs légumes impropres à la consommation, leur santé compromise. Ils témoignent d'un isolement institutionnel total.
60% des légumes contaminés, une exploitation à l'arrêt
Le 23 octobre 2025, une personne mandatée par la préfecture se présente sans avertissement sur l'exploitation pour prélever tomates et blettes. Quelques semaines plus tard, le verdict tombe : les blettes affichent 1,5 µg/kg de PFAS, soit quinze fois la recommandation Européenne de 0,1 µg/kg. Les betteraves atteignent 2,5 µg/kg. Au total, 60 % des légumes encore en place sont contaminés. Seules les tomates à farcir, peu gorgées d'eau, ressortent sans anomalie.
Sans attendre une interdiction officielle, qui ne viendra que pour les blettes, le couple décide lui-même d'arrêter définitivement toute vente et toute culture.
Anne Abraham, Maraîchère, revient sur leur décision de fermer leur exploitation
Ils alertent alors leur clientèle via Facebook et contactent personnellement certains acheteurs, dont une cliente enceinte ayant acheté de grandes quantités de betteraves.
Une eau polluée, une santé alarmante
L'eau du puits affiche 2,3 µg/L de PFAS, près de trois fois le pic enregistré au village. Un osmoseur installé de longue date assure une eau conforme à la consommation. Mais la contamination alimentaire, elle, a fait des dégâts : s'alimentant quasi exclusivement de leur production et des œufs de leurs poules, le couple ressort des analyses sanguines avec des taux préoccupants : 157 ng/mL pour Sébastien, 292 ng/mL pour Anne, pour sept PFAS seulement. Leur médecin traitant reconnaît son impuissance : « En France, il n'y a aucune recommandation. On ne sait pas quoi faire des résultats. »
Institutions absentes, indemnisations incertaines
Depuis novembre 2025, Sébastien est sans revenus mais les traites des prêts professionnels continuent de courir. Ni la préfecture, ni le maire d'Haraucourt ne sont venus sur l'exploitation.
Ce qu'ils réclament aujourd'hui n'est pas une interdiction, ils ont déjà fermé, mais une officialisation de leurs résultats, indispensable pour justifier la cessation d'activité et espérer une indemnisation. Sans ce document, toute voie de recours reste bloquée. Une plainte au pénal est néanmoins envisagée, à l'image de celle déposée par des maires de communes voisines.
Anne Abraham, au micro de Radio 8
« L'agriculteur n'est pas responsable »
Anne et Sébastien veulent aussi parler pour ceux qui se taisent. Les éleveurs de la région, contaminés par ruissellement et percolation sans avoir contribué aux épandages, sont souvent montrés du doigt. « On leur a menti. Ce sont des victimes, mais on leur demande de se taire. C'est horrible », dénonce Anne. Elle redoute surtout pour ces structures familiales qui « n'ont que ça depuis toujours » et n'ont, contrairement aux céréaliers, aucune culture de substitution rapide. « Les entreprises savaient. Aux États-Unis, des tests dès les années 1960 montraient des malformations. Qu'on fasse comme si on ne savait rien, c'est horrible. »













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