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Accident ferroviaire de Rumigny : Cinq ans, cinq reports, un délibéré au 7 septembre prochain

29/05/2026 - 08:46 - Rédigé par Candide Blomme

Accident ferroviaire de Rumigny : Cinq ans, cinq reports, un délibéré au 7 septembre prochain

Quatre ans, onze mois et douze jours. C'est le temps qu'il aura fallu pour que l'affaire du déraillement de Rumigny arrive, enfin, au bout de son audience. Ce jeudi 28 mai, le tribunal correctionnel de Charleville-Mézières a examiné les responsabilités dans la collision survenue dans la nuit du 15 au 16 juin 2021 au passage à niveau n°17 de la commune. Le délibéré a été mis en délibéré au 7 septembre prochain.


Une nuit de chaos sur la RD27


Peu après 3 heures du matin, le train de transport de matières dangereuses, composé d'une locomotive et de douze wagons citernes chargés d'acide phosphorique, avait percuté un poids lourd faisant partie d'un convoi exceptionnel, immobilisé sur le passage à niveau n°17 à Rumigny. Le convoi, appartenant à une société de transport allemande, transportait un yacht sur une semi-remorque surbaissée. Son tracteur n'était pas parvenu à dégager la remorque, dont le bas avait accroché les rails. La barrière automatique s'était abaissée entre la cabine et le chargement, bloquant définitivement l'ensemble sur la voie.


Le train circulait à 92 km/h au moment du choc. La locomotive et les huit premiers wagons ont déraillé. La motrice s'est couchée sur son flanc gauche. Certains wagons citernes ont été éventrés. Plus d'une quarantaine de pompiers ont été mobilisés, portant secours au conducteur du train blessé dans l'accident et pompant le contenu des cuves endommagées pour limiter les fuites de produits toxiques dans l'environnement. Un agent de SNCF Réseau, intervenu sur place en reconnaissance, avait lui aussi été blessé au contact de l'acide. La semi-remorque et le bateau avaient été détruits dans un incendie. La circulation des trains sur la ligne avait dû être interrompue pendant plusieurs semaines.


La confusion du côté allemand


À l'audience, les responsabilités côté transporteur se sont avérées difficiles à démêler. Les deux chauffeurs du convoi n'avaient pas les mêmes informations sur leur destination : le conducteur du véhicule ouvreur croyait se rendre à Port-Saint-Louis, le conducteur du tracteur-remorque pensait rejoindre Antibes. Ce dernier s'était arrêté devant le passage à niveau, dont le profil en dos d'âne l'avait alerté. Après inspection, il avait surélevé les suspensions de sa remorque et décidé de tenter le passage. Mais selon un expert de la SNCF, la remorque ne passait de toute façon pas.


Le rapport du BEA-TT établit que les conducteurs du convoi n'ont pas respecté plusieurs prescriptions, notamment l'obligation de prévenir SNCF Réseau afin que les circulations ferroviaires soient interrompues et la caténaire mise hors tension avant le franchissement du passage à niveau. Le gestionnaire de l'infrastructure ferroviaire avait pourtant exigé que cette traversée se fasse de jour, en présence d'un agent SNCF, sous couvert d'une interdiction de circulation ferroviaire et d'une consignation électrique de la caténaire.


Le rapport précise également qu'un autre convoi avait franchi sans encombre ce même passage à niveau en mars 2021, mais avec une semi-remorque différente et un bateau de moindres dimensions. De son côté, l'entreprise de transport a maintenu à l'audience que des mesures avaient été prises et que la remorque était en mesure de passer.


Parmi les causes profondes identifiées par le BEA-TT figure également l'absence de désignation d'un chef de convoi, les conducteurs présents n'ayant ainsi pas d'interlocuteur clairement désigné pour coordonner les opérations.


Le témoignage du conducteur du train


Seul témoignage à avoir véritablement éclairé la violence de l'impact : celui du conducteur du train de la société Europorte. Convaincu à l'approche du passage à niveau qu'il allait mourir, il a néanmoins tenté jusqu'au bout toutes les manœuvres de sécurité pour freiner sa rame. Pourtant blessé, il s'est rendu après la collision à la distance de couverture d'obstacle pour protéger la voie, conformément aux procédures d'urgence.


Des réquisitions mesurées, un délibéré en septembre


La Procureure de la République a requis six mois de prison avec sursis à l'encontre des deux chauffeurs et des dirigeants des deux entreprises poursuivies, Sleepy et Polymère, ainsi qu'une amende de 18 750 euros pour chacune des sociétés. Pour mémoire, le BEA-TT avait formulé cinq recommandations et quatre invitations à l'issue de son enquête, portant notamment sur l'évolution de la réglementation relative aux convois exceptionnels, la désignation obligatoire d'un chef de convoi et la mise à disposition de données sur le profil en long des routes aux abords des passages à niveau.


L'audience avait été reportée à cinq reprises depuis décembre 2022, d'abord dans l'attente de recherches d'expertise insuffisantes, puis d'un rapport du BEA-TT et d'une expertise complémentaire jugée fondamentale. Le tribunal rendra sa décision le 7 septembre prochain.


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